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++L’Afrique à l’heure des mutations profondes du monde global

7 février 2025
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Ce huitième numéro tombe bien à pic. Ce n’est pas qu’il est devenu le nouveau Mac Gyver dans la série éponyme, mais simplement, parce qu’il y a bien longtemps que les OeL attendaient de traiter des sujets aujourd’hui considérés comme les plus chauds de la planète : intelligence artificielles (IA) et professionnalisation des universités, prioritairement. En effet, les autres thématiques abordées par ce numéro sont plus inclusives, c’est-à-dire qu’elles ont été en permanence traitées dans les éditions précédentes. C’est le cas des transformations sociales africaines que l’on retrouve ici, à travers le traitement des mutations affectant la perception du statut des femmes au Gabon, entre autres sujets d’enquête. L’originalité de ce numéro est donc de coupler ces diverses thématiques, et d’en élargir les compréhensions sous des angles à la fois multidisciplinaires, interdisciplinaires et transversales !

Le chambardement du monde, à travers l’émergence des sémiosphères plus complexes et enchevêtrées – pour ne pas dire à travers l’émergence des systèmes-mondes nouveaux – au sein de l’imaginaire international, aura été de loin en loin provoqué par l’effraction des technologies de la communication au siècle dernier. Pour les contemporains du nôtre, c’est même une évidence inaliénable et irréfragable. La sophistication de ces technologies dans le XXIe, en Chine, en Russie et dans ce qu’un politologue américain nomme l’Asie de l’Ouest mais que nous nous sommes accoutumés à désigner Moyen-Orient, a accéléré notre temps. Et en même temps, cette accélération a rétréci notre espace et notre géographie mentale en court-circuitant nos narratifs de l’histoire, les perceptions que nous en avons, et aussi, nos consciences d’elle !

Nous vivons en effet à l’heure de l’hypersonique, voire de l’hypermagnétisme ! Et telles de formules 1 lancées en meutes sur les circuits du Nürburgring, de Las Vegas, Spa Francorchamps ou de Mexico City, seuls les objectifs de victoire importent, avec au bout du bitume usé, un sentiment de satisfaction, et pourquoi pas, de grandeur ou d’immortalité.

Dans le monde global, le temps a été définitivement spaghettifié. Et comme pour les victoires dépensières et éphémères, l’urgence informationnelle nous a jetés dans un trou noir. Celui-là est cybernétique !

C’est que, disent les commentateurs du monde des flux, nous ne nous en extrairons plus. Car, nos quotidiens, fussent-ils privés ou professionnels, sont rythmés par leurs cadences infernales, signe de temps et de nouvelles modélisations des consciences de soi et des autres à des échelles sociétales planétaires. D’ailleurs notre accoutumance et nos nouvelles dépendances aux intelligences artificielles (IA), et plus particulièrement, aux intelligences artificielles génératives (IAG), tendent à le confirmer. Dans nos ordinateurs, plus aucun programme informatique ne nous suggère d’exécuter des tâches créatives à notre place ; tâches que, et pourtant, nos systèmes cognitifs plus lents s’étaient accoutumés à dompter.

Ne parlons même plus du séisme culturel que provoquent robotique humanoïde, téléphones intelligents, engins létaux autonomes dans les fronts en conflits militaires, ou l’attribution des capacités humaines aux automobiles et aux avions !

Dans l’apprentissage, le déferlante cybernétique arrive à vitesse tout aussi vertigineuse, amplifiée par un rayonnement numérique et un magnétisme social évidents. L’IA, qu’elle soit générative ou pas, est maintenant partout. Elle domine nos épidermes, notre sang, nos squelettes, tout en colonisant pacifiquement nos cerveaux. Le post du postmoderne (Maffesoli) tant annoncé est maintenant là, dans nos murs, cependant encore invisible bien qu’omniprésent ! Il incite à une réévaluation des comportements cognitifs et sociaux, à un réajustement processuel de nos vies au métavers dans lequel nous rentrons petit à petit.

S’il ne traite pas directement des IA en ces termes, ce huitième numéro ne laisse pas moins transparaître l’ensemble des problématiques ci-dessus abordées entre ses lignes. Cependant, la patience que s’était imposées les OeL pour leurs traitements nous autorise à amplifier leur importance dans cette longue présentation introductive.

Certes l’IA n’en est pas l’objet central. Cependant, elle y conserve une place de choix, puisque dans la partition 2. Education & communication de ce numéro, une contribution y fait clairement référence, en même temps qu’elle rend compte de l’hyper célérité qui les caractérise. Cette fois, à travers la volonté de les faire maîtriser par un certain type d’usagers, à savoir : les professionnels de l’éducation, les apprenants et leurs entourages.

Le pavé est ainsi jeté dans la marre aux signes et aux idées. Mireille Essono Ebang et al. montrent que la planétarisation des habitudes pédagogiques et d’apprentissage, via la régulation technocratique/technologique des comportements, contribuera, dans un temps très proche, à générer un monde quasi-uniforme. Du moins cela sera possible grâce aux ergonomies futures des pratiques pédagogiques. Demain, les interactions enseignants/enseignés, de plus en plus sous influences des IA, seront très affectées par un consumérisme informationnel désinhibé. En matière de formation universitaire, cela s’observe déjà à travers les recours massifs aux chatbots. Ceux-ci permettront d’améliorer et renforcer les ergonomies pédagogiques, en même temps qu’ils ouvrent un nouvel univers de savoirs aux apprenants amenés à les utiliser pour répondre des travaux de recherche. La professionnalisation des enseignements à l’université à laquelle appelle Ferdinand Ngoungoulou s’inscrit dans cette dialectique.

Il est donc désormais important pour les chercheurs et enseignants-chercheurs africains de s’emparer de ces questions, afin d’y apporter un regard local et original, tout en acquérant une maîtrise absolue des problématiques technologiques, culturelles et sociétales y afférentes. Sans doute faut-il aussi apprendre à générer, et à vitesse hypersonique, ce que nous avons abandonné par le passé : la formation d’une expertise en phase avec nos œcoumènes afin de répondre de façon plus efficace à nos propres besoins technologiques. Il n’est plus question, pour les continentaux, d’abandonner des connaissances dont leurs vastes territoires géographiquement contrastés sont tant nécessiteux pour leurs valorisations. Cette attitude, pensons-nous, conduit à ne plus laisser à nos « amis » ou aux impersonnels « transferts des technologies » le soin d’articuler notre développement aux savoirs qu’ils ont générés depuis des siècles. Mettre fin à l’extraversion culturelle, économique et politique passe aussi par cette accélération du temps et la conscience que celle-ci implique dans la prise des décisions et leurs mises en action.

Nous sommes donc bien arrivés à un carrefour. Il faut se décider à être sous dépendance épistémologique ou à apprendre à avancer, même avec un squelette cognitif encore spongieux. En effet, l’insertion de l’Afrique dans la globalisation des cultures et la mondialisation des économies en qualité de sujet patient requière de se souvenir des erreurs stratégiques d’hier, pour à présent, tirer avantage de l’histoire, et comprendre les géostratégies et les géopolitiques passées ou actuelles, aux fins de rétablir un équilibre en faveur de nos propres actions de développement. C’est ici que le rôle des scientifiques africains deviendra fondamental et majeur ; un horizon étendu aux cultures mêmes du monde dont ils doivent chercher à se nourrir !

Il faut toutefois souligner qu’une prise de conscience générale de cette problématique cruciale pour l’Afrique et les Africains s’est amenée dans l’esprit des acteurs continentaux de la science. Les défis qui l’accompagnent exigent en plus un dépassement face auquel chercheurs et enseignants-chercheurs du continent dit noir ne doivent faire aucune économie, en termes de créativité intellectuelle.

Il est évident que le XXe siècle a engendré des mutations systémiques profondes dans les sociétés africaines fortement patriarcalisées. Ces mutations, on continue de les voir en train d’opérer des ruptures anthropologiques de plus en plus saisissantes et significatives. D’abord, au plan épistémologique, avec l’émergence d’une pensée savante décomplexée et à l’œuvre dans différents ordres d’enseignement supérieur en Afrique. Ensuite, chez les populations, notamment avec l’effraction des femmes dans les champs traditionnellement masculins. C’est le sujet que traitent dans ce numéro, non seulement Inna Gabrielle Mayila épouse Gawandji-Oloundigolo s’appuyant sur le terrain gabonais, mais aussi, Dingny Yannick Assoh à qui la Côte d’Ivoire ouvre une perspective de réflexion démonstrative, à propos de l’insertion des femmes dans les corps d’armes ivoiriens. Et enfin, Arielle Ekang traite des mutations de la perception de la sexualité dans les couples soumis à l’infertilité conjugale.

L’Afrique se retrouve donc aux carrefours des cultures : entre cultures traditionnelles et cultures modernes, entre traditions épistémologiques locales et épistémologies occidentales, entre tentatives de fermeture et volonté d’ouverture, entre affirmation de son histoire coloniale et volonté de la réécrire selon des perspectives propres. Dans la solitude de son excroissance, excroissance à partir de laquelle elle a à s’initier aux logiques de l’ordre et de la discipline, elle devra réagir vite à adoptant la vitesse d’action promue par notre nouvel espace-temps. Qu’importe qu’elle multiplie les erreurs, l’essentiel est qu’il faut qu’elle tire leçons et sagesse de ses actes pour accélérer sa maturation.

Les irruptions brutales d’aléas comme le phénomène d’alcoolisation contribuant à la désintégration du tissu social au Gabon sont, entre autres, des problèmes qu’elle doit apprendre à résoudre d’elle-même pour constituer une subjectivité épistémologique propre, à la fois performative et efficiente. Si elle veut affirmer son indépendance, la nouvelle Afrique n’aura pas d’autres choix : elle devra aller au charbon, avec l’idée claire de se redéfinir pour reconfigurer ses place et rôle dans un monde globalisé en cours de décomposition/recomposition géostratégique, politique, économique et idéologique. C’est là que les savoirs produits ici ou là deviendront à la fois stratégiques et décisifs pour la compréhension non seulement de nos mutations profondes et de leurs maîtrises critiques, mais aussi pour la compréhension et la maîtrise des actions du monde global en cours de réécriture.

Cette idée est développée par Georges Moussavou, sociologue des organisations, dans l’interview qu’il a accordée aux OeL où il reprend les grandes lignes de ses réflexions sur les faiblesses du système d’enseignement supérieur au Gabon.

Les Edtions Oudjat en Ligne dont le slogan est « Construire l’Afrique… ensemble », tente, vaille que vaille, à travers son engagement en faveur de la restructuration épistémologique africaine, de donner sens au monde qui vient. Elles s’appuient pour cela sur une capacité d’ouverture culturelle, sociale et intellectuelle porteuse de diversité, de transdisciplinarité, d’interdisciplinarité, et de mixités anthropologiques fondamentales pour l’émergence de nouvelles syntaxes culturelles et épistémologiques, autour d’une d’une sémiotique du discours planétaire plus inclusive. Elles en encouragent leur effraction au grand jour et, surtout, leur dilatation spatiale pour le bien commun de l’humanité !

A nos lecteurs assidus et aux nouveaux lecteurs, nous souhaitons une heureuse année 2025. Que la santé, la longévité et le succès soient vos meilleurs partenaires de vie dans ce nouveau voyage temporel !

Bonne lecture à tous.

Georice Berthin Madébé

Directeur Administratif et Scientifique des OeL

Pour citer cet éditorial :
Georice Berthin Madébé, « L’Afrique à l’heure des mutations profondes du monde global », in Revue Oudjat en Ligne, Editorial, numéro 8, janvier 2025, « Un continent aux carrefours des cultures ».

Revue Oudjat en Ligne, numéro ISSN : 3005-7566
©OeL : janvier 2025 – ® Editions Oudjat.

 

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[Numéro ISSN : 3005 - 7566]