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Revue électronique de publications scientifiques sur l'Afrique

 


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Epistémologie et transgression.
Pour une anthropologie « africaine » assumée

E. Faber Mensah Ngoma, Université Omar Bongo, Département d’Anthropologie, Laboratoire d'Anthropologie (LABAN), Gabon


Résumé : Parce qu’elles portent profondément en elle, et ce dès les origines sur le terrain africain, les germes de leur improbable curabilité ontologique et épistémologique [1], les sciences sociales africaines et plus singulièrement l’anthropologie africaine, souffrent de ce qu’Achille Mbembe rend par l’expression interminable incantation. Celle-ci se décline de la manière suivante : la doxa africaine est inlassablement hantée par trois spectres : l’esclavage, la colonisation et l’apartheid. Parce qu’il faut nécessairement des images capables de rendre compte de ces spectres, Mbembe propose l’idée de masques qui eux seraient : la race, la géographie et la tradition. Quoiqu’assigné de significations canoniques par ce qu’il nomme un « certaine intelligence », il considère que ces éléments constitutifs de la doxa africaine constituent une sorte de prison dans laquelle, aujourd’hui encore, celle-ci se débat.

Cette communication suggère que soit soulevé un débat qui pose comme hypothèse centrale, la possibilité d’une anthropologie « africaine » qui s’affranchisse de l’impérialisme de l’universel contre lequel s’oppose Pierre Bourdieu en reprochant vertement d’ailleurs les « intellectuels français » d’avoir notamment « une arrogance insupportable pour la plupart des nation étrangères ». En même temps, elle doit rompe avec l’impérialisme postcolonial (cité par J. Tonda, 2015). Deux impérialismes qui s’accommodent parfaitement et contre toute attente à la doctrine panafricaniste dont la visée serait de développer une certaine unité et solidarité africaines [contre qui définitivement ?] sensée incarné cette anthropologie.

Dans cette perspective essentiellement épistémologique, il s’agit de postuler la possibilité de « l’impossible rupture des sciences sociales africaines d’avec les dispositifs de violences » propres aux impérialismes (J. Tonda, 2015, 199 ; P. Bourdieu, 2012), et en l’occurrence, le terrain africain comme espace d’expression d’une anthropologie africaine assumée. Envisager pareille perspective qui, on le sait, se heurte inéluctablement à de véritables murailles à la fois théoriques et méthodologiques, en vaut la peine car si l’arsenal épistémologique en présence paraît redoutable, le terrain est l’un des sauf-conduits capable d’offrir aux sciences sociales africaine un espace d’expression autonome et libre de tout ellipse théorique. On aurait ainsi affaire à une Anthropologie de la transgression.

Mots clé : Afrique, anthropologie africaine, épistémologie, impérialisme postcolonial, terrain.

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Notes :

[1L’anthropologie, comme nous le rappelle Tonda citant Nishitani, a été constituée en tant que sciences à l’origine, comme portant son regard essentiellement sur « des êtres humains en tant qu’autres de l’Européen moderne » (2015, 201).

 

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