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Le métier de psychologue du travail.
De la perception du rôle du psychologue à la mairie de Libreville

Parfait Mihindou-Boussougou, Université Omar Bongo, Département de Psychologie France /Gabon


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La psychologie du travail est une branche de la psychologie qui englobe un ensemble de compétences parmi lesquelles, la lutte contre le mal être au travail (P. Desrumeaux, A. M. Vonthron, S. Pohl, 2011). Elle contribue à la gestion efficiente des conflits et participe au bien-être de l’entreprise. Le psychologue du travail, praticien de la psychologie en milieu de travail est de ce fait un acteur majeur du bon fonctionnement de l’entreprise de par ses diverses missions, entre autres l’accompagnement (S. Caroly, Y. Clot, 2016) ; l’orientation et la formation (P. Caillaud, 2014) ; le bilan de compétences (D. Baruel Bencherqui, A. Le Flanchec, A. Mullenbach Servayre, 2011) ; le coaching (L. Baron, L. Morin, 2010) ; l’évaluation des risques (Y. Clot, 2010) et l’étude de poste dans le cadre de l’amélioration des conditions de travail (P. Askenazy, 2000). Quand bien même ce qui devance, un constat reste fait, dans certains milieux organisationnels à l’instar des entreprises publiques ou privées du Gabon, et même des institutions comme les mairies, le psychologue du travail est encore méconnu.

Fort de ce qui précède, comment comprendre que le psychologue du travail acteur majeur du bon fonctionnement de l’entreprise soit absent au sein de celle-ci. En effet, bon nombre d’entreprises font fi du psychologue du travail, au regard de la perception qu’elles ont de cet acteur du monde du travail. La perception étant une opération mentale complexe par laquelle une personne prend conscience des faits ou évènements extérieurs (N. Sillamy, 1980), elle est une construction de l’esprit, un achèvement de la représentation et la rectification des données sensorielles. Définie comme un mode de représentation de l’environnement, un mode de connaissance (M. Jimenez, 1997), elle nous conduit à nous poser la question de savoir : quelle est la perception (P. Bouffartigue, J.R. Pendariès, J. Bouteiller, 2010) que les responsables des entreprises ont-ils du rôle du psychologue du travail ? En effet, le psychologue du travail peut intervenir comme salarié au sein du service des ressources humaines. Il a une variété de champs d’intervention montrant la multiplicité de ses rôles dans les entreprises et organisations. Il peut s’agir de sélection, d’affectation, d’orientation professionnelle et même de formation. Il est soumis à un code de déontologie, qui délimite les contours de son intervention. Il est un acteur majeur du milieu organisationnel dès lors qu’il contribue du point de vue des ressources humaines, de la santé au travail et des structures organisationnelles humaines (B. Gazier, 2015). Il est donc d’une grande importance dans les entreprises. A cet effet, elles devraient l’avoir pour répondre aux préoccupations inhérentes à son bon fonctionnement. Fort de ce qui précède, nous nous posons la question de savoir qu’est-ce qui serait à l’origine du non recrutement du psychologue du travail au sein de certaines organisations ? En effet, nous voulons savoir si l’absence du psychologue du travail dans certaines organisations n’est pas tributaire de la perception de ces missions. Car la perception joue un rôle considérable dans la façon d’appréhender la réalité et les relations aux autres (G. Simondon, 2013), vu qu’elle renvoie aux interprétations, à une vision du monde et aux valeurs collectives à l’exemple de la morale (D. Le Breton, 2002) cité par P. Mihindou-Boussougou (2015). Elle n’est pas un fantasme du sujet mais sa mesure personnelle de l’effet (P. Mihindou-Boussougou, op. cit.). A la suite de tout ce qui précède, l’objectif de notre étude, est de comprendre les causes de l’absence du psychologue du travail et des organisations au sein de la mairie de Libreville. Toutefois, nous pensons que l’être humain dans le cadre de son travail cherche toujours à saisir son environnement social qui doit le conduire à une bonne réalisation de son travail. Il tente, dès lors, de saisir cet environnement par des attitudes, des conduites, voire des actes observables durant l’exécution de son travail. Nous nous intéressons, de ce fait, aux attitudes perceptibles (G. Simondon, op. cit.). Ceci nous conduit à parler de perception positive (N. Gueguen, 2014) et de perception négative (C. Serrano Archimi ; M. Brasseur, 2009). Par perception positive, nous sous-entendons le fait d’accepter des individus en les jugeant décents, conformes ou opportuns. En revanche, la perception négative serait le fait de rejeter des individus en les jugeant indécents, non conformes ou inopportuns.

L’intérêt de cette recherche est de démontrer, à partir des canaux opérationnels, que l’acceptation ou pas d’un objet dépend de la connaissance qu’on a de ce dernier. Nous voulons démontrer que le niveau de connaissance que les responsables des entreprises ont du rôle du psychologue du travail et des organisations influence leur perception de ce dernier. De ce fait, les responsables des entreprises doivent prendre conscience de l’importance du psychologue du travail et des organisations dans leur structure afin que le métier du psychologue du travail soit vulgarisé.


1. Méthode

1.1. Hypothèse générale
La mairie, collectivité territoriale ayant entre autres missions la satisfaction des besoins quotidiens de ses populations, pour atteindre ses missions elle a besoin de diverses compétences parmi lesquelles un psychologue du travail. Force est de constater que la mairie de Libreville, la première au Gabon ne compte aucun psychologue. A cet effet, nous posons l’hypothèse qui suit : « La perception que les responsables de la mairie de Libreville ont du rôle du psychologue du travail influence le recrutement de ce dernier ».

1.2. Hypothèses partielles
De notre hypothèse générale découlent deux hypothèses partielles qui se présentent comme suit :
H.P.1 : « On pourrait penser que, le recrutement du psychologue du travail au sein de la mairie de Libreville serait dû à la perception positive que les responsables de cette mairie auraient du rôle du psychologue du travail ».

H.P.2 : « On pourrait penser que, le non recrutement du psychologue du travail au sein de la mairie de Libreville serait dû à la perception négative que les responsables de cette mairie auraient du rôle du psychologue du travail ».


2. Population d’étude

Nous nous sommes intéressés essentiellement aux directeurs et chefs de service de la mairie de Libreville parce que, nous considérons qu’en matière de recrutement, ils constituent les populations les mieux indiquées. Quasiment tous les directeurs et chefs de service (N = 10 hommes et femmes) ont accepté de participer à notre enquête. La tranche d’âge oscillait entre 37 et 48 ans, l’ancienneté professionnelle entre 7 et 18 ans.


3. Outil de recherche

Pour étudier la perception du rôle du psychologue du travail nous avons utilisé une échelle, de Likert, à quatre (4) dimensions : pas du tout d’accord ; pas d’accord ; d’accord et tout à fait d’accord. Ledit questionnaire comptait deux items, l’un avait un aspect positif du rôle du psychologue du travail et l’autre avait une tendance négative du rôle psychologue du travail.


4. Présentation des résultats

Les données obtenues ont été analysées à partir de deux approches statistiques : l’analyse de corrélation de Pearson et l’analyse de régression.

4.1. Analyse de corrélation de Pearson
L’objectif de l’analyse faite, ici, est de vérifier s’il existe un lien entre la perception et le recrutement du psychologue du travail.

Le tableau met en exergue le croisement entre la variable perception et la variable recrutement, la corrélation est significative au niveau (0.01). Il existe une présence de lien entre les variables en étude, une significativité (p = ,005) avec une corrélation significative de (0.01, bilatéral). Nous pouvons retenir ici que le recrutement du psychologue du travail au sein de la mairie de Libreville est fonction de la perception que les responsables de cette mairie ont du rôle du psychologue du travail.

4.2. Analyse de régression

4.2.1. Présentation de valeur prédite
L’objectif de l’analyse faite, ici, est de voir s’il existe un lien entre la perception du rôle du psychologue du travail et le recrutement, chez les cadres de la mairie de Libreville, demandeurs des compétences auprès du service de recrutements.

Le tableau met en exergue le résultat de l’étude, il montre une présence de lien entre la variable perception et la variable recrutement. Nous constatons une significativité entre les variables en présences car, il ressort dans le présent tableau que, la perception prédit le recrutement (p= ,003a). Nous pouvons retenir, à cet effet, que le non recrutement du psychologue du travail au sein de la mairie de Libreville est fonction de la perception que les responsables de cette Mairie ont du rôle du psychologue du travail.

4.2.2. Présentation de la force de perception
L’objectif de l’analyse faite, ici, est d’étudier la force autrement dit le degré de perception que les chefs de service de la mairie de Libreville ont du rôle du psychologue du travail.

Le tableau laisse dire que la variable indépendante (Vi) autrement dit la perception explique à 64,6% la variable dépendante c’est-à-dire le recrutement.
Eu égard à ce qui précède, on dirait in fine que, la perception explique le recrutement chez les cadres de la mairie de Libreville à 64,6%. Aussi, le tableau montre une significativité (p=,003). Nous pouvons donc retenir davantage que, le non recrutement du psychologue du travail au sein de la mairie de Libreville est fonction de la perception que les responsables de cette mairie ont du rôle du psychologue du travail.

4.2.3. Présentation du sens des variables en étude

Le tableau montre que la valeur de Bêta est positive (Bêta = ,804). Ceci explique que, la variable indépendante (Vi) va dans le même sens que la variable dépendante (Vd). A cet effet, disons que, plus la perception est positive, plus les cadres recrutent les psychologues du travail.


5. Discussion des résultats
Les résultats issus de nos analyses présentent des liens significatifs entre les variables en étude, perception et recrutement. Ceci nous amène à dire que, le recrutement du psychologue du travail au sein de la marie de Libreville est tributaire de la perception que les responsables de cette marie ont du rôle du psychologue du travail. La perception prédit le recrutement. Cependant, il n’existe pas des psychologues du travail à la marie de Libreville. Quelles sont alors les raisons de l’absence des psychologues du travail dans cette organisation ? A cette question on pourrait trouver un ensemble les raisons. Parmi les raisons, on pourrait évoquer le manque d’informations sur le métier de psychologue du travail, le psychologue étant perçu comme un professionnel favorable aux maux qui minent les pays occidentaux eu égard aux réalités propres à cette partie du monde. Cette perception est créée et consolidée à travers les médias ou les formations professionnelle calquées sur les pays occidentaux où la profession du psychologue du travail est plus connue en entreprise ou en organisation. Car, généralement, ce que nous voyons de l’occident nous est toujours présenté comme une donnée favorable à leur contexte et perdrait son sens dans le cadre ou contexte africain. Ajoutons à ce qui précède que, la culture notamment la culture de métier et culture organisationnelle comme système de croyance, de normes, de valeurs, des représentations et d’expériences partagées par les membres d’un groupe social donné, influence la perception. Les croyances, précitées, peuvent conduire à des biais systématiques en valorisant certaines informations et en occultant ou en minimisant d’autres. Nous pensons que ces croyances, feraient que la profession de psychologue du travail semble ne pas avoir de l’importance dans nos entreprises et organisations. On dirait que les responsables de la mairie de Libreville ont une perception positive du rôle du psychologue du travail, et on le désir d’en avoir au sein de leur organisation. Mais ils n’en recrutent pas parce qu’ils n’ont jamais travaillé avec un psychologue. Ils ne savent donc pas à quoi ils pourraient s’attendre en recrutant un psychologue du travail. De plus, ils pourraient trouver inutile d’en recruter si finalement le psychologue du travail peut remplir les mêmes fonctions qu’un agent de ressources humaines, mieux vaut de travailler en compagnie de celui avec qui ils ont l’habitude de travailler. Cela ne voudrait pas dire que leur perception du psychologue soit négative, juste que vu leur effectif et leur fonctionnement habituel ils ne trouvent pas nécessaire ou urgent d’avoir un psychologue au sein de leur organisation, actuellement.

Cette situation pourrait également faire penser à leur peur de l’inconnu. Cette peur explique le fait que, malgré la perception positive portée à l’endroit du psychologue du travail, il ne soit pas recruté. Et qu’en termes de recrutement, la préférence des responsables de la mairie de Libreville se retourne sur un agent de ressources humaines que sur un psychologue du travail même s’ils ont la connaissance des missions du psychologue du travail. Et ce en dépit du fait que cet agent de ressources humaines peut-être en réalité un psychologue du travail. Une autre raison laisserait dire que, les psychologues du travail eux-mêmes postulent dans la plupart de cas comme responsables des ressources humaines et non comme psychologue du travail. Ceci réduit leur domaine de compétence au sein des entreprises et milieux organisationnels. Lésant ainsi la profession de psychologue du travail qui demeure méconnue dans le monde professionnel gabonais, il est donc urgent que les psychologues du travail se révèlent en tant que psychologues du travail afin de faire valoir leur profession et leurs compétences.


Conclusion

Les résultats statistiques de la présente recherche laissent dire que le recrutement du psychologue du travail au sein de la mairie de Libreville dépend de la perception que les responsables de ladite mairie ont du rôle du psychologue du travail. La perception positive du rôle du psychologue du travail est un facteur déterminant du recrutement du psychologue du travail au sein de cette mairie. Afin de conquérir la place qui est la leur, il est urgent que les psychologues du travail se révèlent davantage aux entreprises et aux organisations du pays.


Références bibliographiques

1. Ouvrages
Clot Yves, Le travail à cœur : pour en finir avec les risques psychosociaux, Paris, La Découverte, 2010.
Desrumeaux Pascale, Vonthron Anne Marie, Pohl Sabine, Qualité de vie risque et santé au travail, Paris, L’Hamattan, 2011.
Gazier Bernard, Les stratégies des ressources humaines, Paris, La découverte, 2015.
Gueguen Nicolas, Psychologie de la manipulation et de la soumission, Paris, Dunod, 2014.
Jiménez Manuel, La psychologie de la perception, Dominos, Flammarion, 1997.
Le Breton David, Conduite à risque. Des jeux de la mort aux jeux de vivre, Paris, PUF, 2002.
Sillamy Norbert, Dictionnaire de psychologie, Paris, Larousse, 1980.
Simondon Gilbert, Cours sur la psychologie (1964-1965), Paris, PU F, 2013.

2. Articles
Serrano Archimi Carolina, Brasseur Martine, « Audit social et Changement Organisationnel. Le rôle du cynisme », in Humanisme et Entreprise, 2009.
Askenazy Philippe, « Réduction du temps de travail. Organisation et conditions de travail », in Revue économique, 2000.
Baron Louis, Morin Lucie, « Le coaching de gestionnaires Mieux le définir pour mieux intervenir », in Gestion, 2010.
Baruel Bencherqui Dominique., Le Flanchec Alice, Mullenbach Astrid, « La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et son effet sur salariés », in Management et Avenir.
Bouffartigue Paul., Pendariès Jean Réné, Bouteiller Jacques, « La perception des liens travail/santé. Le rôle des normes de genre et de profession », in Revue française de sociologie, 2010.
Caillaud Pascal, « Vers un service public régional d’orientation et de formation professionnelle », in Annuaire des collectivités territoriales, 2014.
Caroly Sandire, Clot Yves, « Du travail collectif au collectif de travail : développer des stratégies d’expérience », in Formation Emploi, 2004.

3. Thèse
Mihindou-Boussougou Parfait., Représentation des risques d’accidents typiques du milieu hospitalier chez les infirmiers du CHL-Gabon : Approche psychosociale du travail et des organisations, Thèse de doctorat, Université de Picardie Jules Verne-Amiens, 2015.


Pour citer cet article :
Parfait Mihindou-Boussougou, « Le métier de psychologue du travail. De la perception du rôle du psychologue à la mairie de Libreville », Revue Oudjat en Ligne, numéro 2, volume 2, janvier 2019.

ISBN : 978-2-912603-95-1.


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